Enfants, adolescents et autorité : un problème d’éducation ?

Ces parents manquent d’autorité !
Ce qui lui faudrait à ce gosse, c’est des limites…
Ah, ces enfants se croient tout permis !
De mon temps, jamais je n’aurais osé répondre à mon père !
A notre époque, on se levait quand le professeur entrait dans la classe.
Les enfants de maintenant, ils ont bien changé, vous avez vu comme ils nous regardent ?

Quel parent, quel enfant, quel éducateur n’a jamais entendu ces remarques ?

Est-il possible d’envisager les relations parents enfants autrement ? De sortir de la responsabilité individuelle, du simpliste « c’est un problème d’éducation ! », pour aller vers du collectif, du social, du sociétal ?

C’est ce que propose Jean-Paul Gaillard, thérapeute systémicien de famille, psychanalyste, formateur (entre-autres), auteur de enfants et adolescents en mutation.

Selon JP Gaillard, notre société vit une mutation profonde, à l’égal de celles qui a vu remplacer les Romains par les Chrétiens au IV siècle, puis au X – XIIe siècle avec les croisades et la confrontation avec les civilisations arabes, puis encore la Renaissance, et enfin le siècle des Lumières qui a façonné notre société telle que nous la vivons encore, nous, nés à la fin du XXe siècle.

Si les grands-parents, parents, éducateurs, enseignants s’accordent à dire que les jeunes de maintenant ne sont plus comme ceux d’avant, c’est bien qu’ils se rendent compte que le façonnement psycho sociétal de ces jeunes est complètement différent du nôtre : ce sont des mutants !

Ils fonctionnent différemment, et leurs valeurs sont différentes des nôtres. Leur personnalité de base est façonnée différemment. Ce que j’en ai retenu :

Nous :

  •  reconnaissance à travers le groupe
  • hétéronomes
  • intelligence objectivante
  • la reconnaissance de l’autre comme condition au sentiment d’exister
  • un collectif produit des sujets
  • la morale : « tu feras, tu ne feras pas »
  • autorité = rapports de domination / soumission

Eux, les mutants :

  • individualisation
  • autonomes
  • intelligence émotionnelle
  • visibilité comme condition au sentiment d’exister
  • des individus qui produisent un collectif
  • une éthique : « je ferai, je ne ferai pas »
  • égalitaires

autorité verticale vs égalitarité, l’escalade de la violence

La confrontation de notre système d’autorité basé sur l’inégalité et du leur basé sur l’égalité, produit de la violence dans les rapports familiaux et à l’école. Parents et éducateurs « du vieux monde » attendent des mutants une forme de respect fondé sur la domination du prof / soumission de l’élève.

Les mutants, eux, respectent les autres et attendent du respect de leur part sur une forme égalitaire.

Chacun de son côté ne comprenant pas le comportement de l’autre, la relation ne peut pas s’établir. La communication ne peut pas se faire. Chacun alors pensant que l’autre n’a pas compris, produit plus de la même chose, et la violence augmente dans cette escalade symétrique d’incompréhension.

Ainsi un prof qui attend légitimement du respect de la part de ses élèves, va leur envoyer des signaux d’autorité (voix forte, position haute, vocabulaire autoritaire…), et attend en retour des signaux de soumission (silence, yeux baissés, pas de casquette…)

Et l’élève mutant qui lui aussi attend légitimement du respect de la part du professeur va lui envoyer des signaux égalitaires (regard droit, vocabulaire et attitude égalitaire…)

Ce que le professeur va prendre pour des signes de défi, et l’amener à renforcer son attitude d’autorité, pour obtenir le respect hiérarchique auquel il s’attend en retour.

Incompréhension => escalade symétrique => violence.

Les enseignants ne comprennent plus les élèves, qui ne comprennent pas mieux les enseignants. Lautorité verticale à laquelle ils sont soumis, la négation de ce qu’ils sont détruisent leur estime de soi et compromet leur développement.

morale vs éthique, vers l’exemplarité des éducateurs – éduquer nos enfants autrement

Nous de l’ancien monde, soumis aux règles hiérarchiques, sociales, religieuses, familiales que nous avons intériorisées et qui nous dictent ce que nous pouvons faire et ne pas faire.

Eux, mutants, dans l’incapacité de se soumettre à une autorité verticale, autonomes, décidant de ce qu’ils peuvent faire ou non.

Là encore, cela signe la fin de l’éducation par la soumission et l’injonction arbitraire : « Fais-ce que je te dis et pas ce que je fais » n’a aucun sens pour eux. Ce qu’ils voient, c’est ce que nous faisons, et, égalitaires, ils ne voient pas d’objection à faire la même chose !

Voilà les parents, enseignants, éducateurs, adultes en général responsables d’être exemplaires

Dans les relations intra-familiales, l’enjeu d’une thérapie familiale est de renouer le contact parents-enfants, d’apprendre à connaître le monde de l’autre et de trouver une façon de communiquer et de s’accepter. Développer la créativité des parents de mutants qui doivent trouver comment éduquer leurs enfants dans une relation égalitaire mais non symétrique. Parents qui n’ont pour modèle que l’ancien monde…

Merci à M Gaillard pour sa relecture attentive !

Une réflexion au sujet de « Enfants, adolescents et autorité : un problème d’éducation ? »

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